Lou Salomé

Artiste plasticienne

Are U a robot?

Oeuvre collective par Lou Schwartz* aka Lou Salomé, Olivier Pedretti* & Johannes Hermen*

* Luxembourg Institute of Science and Technology (LIST), Luxembourg, {forname}.{name}@list.lu

L’installation interactive Are U a robot? a été présentée lors de la 10ème édition des Bains Numériques (Enghien-les-Bains, 2018) dont le thème était « Future Human ».

L’Humain du futur est un robot

Are U a robot? commence par cette déclaration provocante: «L’humain du futur est un robot». Cette installation permet aux participants de mesurer leur niveau de «robotitude» afin de vérifier s’ils sont plutôt humain ou plutôt robot et s’ils ont une place dans le monde du futur, qui a tendance à s’automatiser.

Les robots sont de plus en plus fiables, puissants, rapides, précis, capables de stocker de grandes quantités d’informations et d’effectuer des calculs de plus en plus complexes. Ils sont capables d’apprendre et de s’adapter à leur environnement. Certains d’entre eux sont même capables de produire des œuvres d’art comme des œuvres musicales. Dans ce contexte, on peut se demander si les robots remplaceront un jour les humains. Les humains qui survivront à cette révolution numérique devront alors être capables de penser et d’agir en tant que robots ou au moins seront capables de communiquer avec eux.

Are U a robot? permet aux participants, à l’aide d’un test et d’objets connectés, fabriqués en mode « maker », de déterminer s’ils sont des robots ou non. Ce test est composé de sept étapes:

  1. Déterminer la température du corps
  2. Vérifiez la connectivité au réseau mondial. Trois questions sont posées demandant quel objet les participants utilisent ou touchent dans certaines circonstances: «premier objet touché le matin», «quand ils ont faim» et «quand ils ont besoin d’être rassurés». Les objets représentés sont : un smartphone, un ours en peluche, du chocolat, un réveil et une tasse.
  3. Ensuite, sur la base du jeu Simon, les participants sont invités à reproduire une séquence de couleurs de plus en plus complexe, pour tester la mémorisation.
  4. Pour tester la précision, les participants doivent indiquer avec leur main une distance exacte.
  5. Trois morceaux de musique sont joués et les participants doivent dire s’ils sont composés par un Humain ou par un ordinateur.
  6. Un jeu de mémorisation basé sur le «Burger de la mort», un jeu proposé dans l’émission de télévision Burger Quiz. Une série de questions est posée, mais les participants doivent attendre la dernière question avant de répondre dans l’ordre exact et dans un temps limité. Pour simplifier le jeu, toutes les réponses sont soit un numéro, sélectionné avec un curseur, soit une couleur, sélectionnée à l’aide d’une carte RFID de couleur.
  7. Enfin, les participants sont invités à dire s’ils ont apprécié le jeu. Pour montrer leur niveau d’appréciation, les participants peuvent introduire autant de pièces qu’ils le souhaitent jusqu’à la fin de la partie.

Un score est calculé en fonction des réponses données. Trois possibilités existent:

  • «Perdre» le jeu, en étant «trop humain», le robot doit alors exterminer les participants qu’il considère comme un virus.
  • «Coopérer» ce qui signifie que les participants ont un niveau de «robotitude» suffisant pour que le robot ne les considère pas comme une menace et qu’une coopération soit possible.
  • «Gagner» le jeu, en atteignant le même niveau qu’un robot sur les tâches données.

Mais certains biais ont été introduits, par exemple, le fait d’introduire une pièce à la fin pour indiquer que l’on a apprécié l’expérience montre que les participants ont des émotions et comprennent les émotions. Ainsi, en introduisant des pièces, ils «perdent» des points.

Il est donc assez compliqué de «gagner» contre le robot. Le «meilleur» score observé est celui de la «coopération».

A la fin, la question est posée: êtes-vous heureux de votre score?

L’oeuvre pousse les participants à s’interroger sur la robotisation/numération de notre monde. A se demander quelle sera sa place dans la société. A réfléchir à la portée éthique de cette course à l’automatisation.

Technologie utilisée

La technologie utilisée est composée de:

  • plusieurs Kniwwelinos® développés par le LIST;
  • composants électroniques comme les boutons, le capteur de distance infrarouge, le capteur de température, le capteur RFID, etc.
  • une application Web.

Kniwwelino® est un microcontrôleur développé par le LIST dans le cadre du projet BeeCreative4Kids pour permettre aux enfants de comprendre le concept de l’Internet des objets et d’apprendre à programmer. Ce microcontrôleur comprend une puce Wi-Fi qui permet via Wi-Fi et en utilisant le protocole MQTT de communiquer entre eux ou avec l’application.

Figure 3: Kniwwelinos® et capteurs et actionneurs de base utilisés pour construire les illustrations.

Le style «maker» a été utilisé pour rendre la technologie visible et pour donner une sensation accrue de jouer contre un robot.

Réactions du public 

Le public est interpellé par la déclaration initiale que l’humain du futur humain est un robot.
Les participants apprécient majoritairement l’expérience.
Mais à la fin, la plupart des participants est déçue de «perdre».
A ce moment, l’artiste leur rappelle que perdre signifie être considéré comme «encore trop humain».
Puis l’artiste leur demande si, finalement, ils sont toujours déçus de perdre. En général, pendant quelques secondes, les gens restent sans voix et ils admettent finalement qu’ils sont très heureux de perdre, voire même sont rassurés de perdre, parce qu’ils préfèrent être humains.
Finalement, la technologie utilisée dans l’installation est expliquée et une discussion est ouverte entre les participants et l’artiste sur le futur monde automatisé qui est en cours de construction.

Références